Une exposition d’installations et de vidéos
12 Juillet / 9 Septembre 2018
Images / Ventenac
5 route de Saint Nazaire 11120 Ventenac en Minervois
ouvert tous les jours sauf Lundi de 15 à 19 heures
L’exposition VERS LE CIEL est une production d’Images/Ventenac
Commissariat : François Moulignat
Cette exposition bénéficie du soutien de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée
Elle a été réalisée grâce à l’aide généreuse du Musée du Hiéron de Paray-le-Monial et s’inscrit dans l’ensemble des manifestations coordonnées par les frac de Toulouse-Occitanie (les Abattoirs) et de Montpellier-Occitanie (FracLR) le long du Canal du Midi : Horizons d’eau #2
VERS LE CIEL

L’être humain, « quadrupède vertical » (1) se tend vers le haut, debout. Sa première entreprise fut de dresser les pierres les plus longues et les plus lourdes. Aujourd’hui encore ce principe d’érection/élévation – de la terre vers le ciel – habite les vidéos et installations de cette exposition.
La sorcière de la danseuse Mary Wigman se déplace assise, collée au sol; mais elle tend ses bras et ses genoux écartés évoquent les ailes d’un oiseau entravé. Martelant le sol de ses pieds, elle l’éprouve comme un tremplin.
Ce peut être par les pierres qu’on accède au ciel du divin. La minéralogie oblique alors vers une « mystique de la matière » (2) dont un témoignage étonnant est donné ici : la collection des « pierres cosmiques » du musée du Hiéron de Paray-Le-Monial
rassemblées à l’instigation de l’étrange baron de Sarachaga. Pour lui « La transformation-cosmogénique des minéraux et des roches est comme le symbole préfiguratif de la transsubstantiation de l’hostie« (!)
Jean Jacques Rullier exalte, dans des dessins paradoxalement simples et complexes, systématiques et poétiques, les croyances populaires dans la puissance des pierres et l’aspiration humaine vers un au-delà supérieur : stupas de pierres de l’Himalaya, arbres sacrés de Mongolie ou mâts de prières tibétains. Ses « collections » de documents à propos des soi disant visites d’extra terrestres pris pour des initiateurs de l’humanité font écho aux pierres cosmiques du baron de Sarachaga, soi disant preuves des étapes de la Genèse.
L’installation de Joël Barguil évoque un ciel minéral. Sur un fond de silice noire brillent comme des étoiles des fragments minéraux translucides; Ce tapis nocturne qui semble refléter le ciel des fixes est dominé par la vidéo « Slow object » d’ Edith
Dekyndt : une sphère blanche – une planète ? – monte lentement, silencieusement, dans un espace lacté.
Michel Aubry anime aussi un tapis, un tapis Afghan aux motifs guerriers où apparaissent soudain d’autres corps célestes: des avions de combat, des missiles, des vues aériennes de bombardement, témoignages de l’irruption de l’humanité, et de son histoire, dans le ciel.
En face, dans la vidéo « Saut » de Annelise Ragno, deux hommes enlacés/agrippés l’un à l’autre semblent flotter au milieu des nuages, parachutistes sans parachute ou anges sans aile du Jugement Dernier. Une vision fugitive et silencieuse qui provoque le vertige. Enfin, au fond de la salle, la vidéo « Les oiseaux » de Laurent Grasso déploie les méandres infinis des vols d’étourneaux dans le ciel de Rome, au dessus des coupoles du Vatican, au coucher du soleil. Chromo saint sulpicien, irruption du sacré, hypnotisme planant ? Avant tout, puissante expression du sentiment que « l’humain est éparpillé le long d’une échelle qui va des molécules aux astres »(3)
(1) Roger Caillois
(2) Marguerite Yourcenar à propos de l’affirmation de Caillois « les pierres contiennent un des chiffres secrets de l’univers«
(3) Marguerite Yourcenar, « L’homme qui aimait les pierres«
- Hexentanz (Danse de la sorcière), 1914, Mary WIGMAN
CND, Cinémathèque de la danse


Mary Wigman (1886- 1973) était une danseuse expressionniste allemande qui a travaillé avec Rudolf Laban. Très marquée par la montée du nazisme, elle a inscrit son art dans un expressionnisme violent, cherchant l’expression tragique du sentiment. Selon elle « L’oeuvre doit être le résultat d’un processus organique« .
– Dessins et « collections », Jean Jacques RULLIER
collection de l’artiste.
Jean Jacques Rullier a fait du dessin sa pratique artistique dominante. Son goût pour les rites et traditions populaires, pour l’étude des comportements humains, se double d’une dimension spirituelle, mais s’il s’intéresse aussi aux ages de la vie et à l’aspect éventuellement divinatoire de l’existence, c’est toujours sur un mode distancié et ludique. Cet ensemble est mis en relation avec la présentation des « Pierres cosmiques » prêtées par le Musée du Hiéron de Paray-le-Monial. Il s’agit de collections éparses rassemblées à l’instigation du baron de Sarachaga (1840-1918), fondateur du musée, et interprétées par lui comme des témoignages de la Genèse et du Déluge.



- Le ciel au sol, Joël BARGUIL
silice et fibre optique, collection de l’artiste
Joël Barguil s’est consacré à la sculpture et à l’invention et la diffusion d’une conception créative de la mosaïque. Il travaille en 2018 à la réalisation d’une commande monumentale dans l’enceinte de l’ensemble basilical de Paray-le-Monial.


- Slow Object 05, 2004, Edith DEKYNDT
Vidéo, couleur, non sonore, 7’07 », Prêt du Frac-Lorraine
Une bulle d’air dans une boîte transparente remplie de lait monte lentement.
L’artiste belge Edith Dekyndt impulse une temporalité particulière et donne une dimension cosmique aux mouvements et à la transformation de matériaux minuscules.


- Saut, 2006, Annelise RAGNO
Vidéo, couleur, non sonore, 20′. Prêt du Frac Normandie Rouen.
« L’œuvre d’Annelise Ragno est emportée par cette double aspiration d’un arrêt sur image qui condense une action, et la transcription d’une vitalité qui impulse un mouvement. Figer le temps sans l’appauvrir de l’énergie qui meut les visages, les gestes et les déplacements (…) L’artiste lutte contre la fugacité d’une scène et l’inertie des images fixes par le ressassement d’une séquence, la réactivation d’un moment... » (Jacques Py)


- Les tapis animés, 2000-2010, Michel AUBRY
Vidéo, couleur, sonore. Prêt du Frac les abattoires, Toulouse.
Comment la technologie moderne des armes et de la guerre s’associe-t-elle si bien
avec l’artisanat du tisserand ? En d’autres termes, pourquoi la rencontre entre les
motifs contemporains et le tissage ancestral fonctionne-t-elle? «Je ne saurais apporter une réponse, avoue Michel Aubry, mais il faudrait chercher du côté de la représentation. La symétrie, associée à l’usage d’une figuration plate, bi-dimensionnelle, sans recherche de relief illusionniste, associée aussi à une insouciance totale dans les rapports d’échelle, me fait penser aux plus anciens jeux vidéo, aux jeux « primitifs » parus avant les raffinements de l’ordinateur et la maîtrise de la 3D: comme si les points pixels étaient l’équivalent des nœuds du tapis. Il y a un imaginaire commun. Ce que les peintres de guerre, la tradition académique des peintures de bataille, n’ont pas réussi à adapter aux guerres nouvelles du XXe siècle, peut-être le tapis a réussi à le faire.» (propos rapportés par Elisabeth Lebovici)

– Les oiseaux, 2008, Laurent GRASSO
Vidéo, couleur, sonore. Prêt de l’artiste
« (…)Les soulèvements de la nature, tantôt considérés comme manifestations divines, hallucinations, phénomènes paranormaux, catastrophes naturelles : vols d’oiseaux, éclipses, nuées ardentes, météorites, que Laurent Grasso transpose tels des leitmotivs obsessionnels, questionnent notre sens de la réalité dans sa relation à l’histoire de la technique. Entre fascination et inquiétude, onirisme et rigueur documentaire, jeux de courts-circuitages temporels, les œuvres de Laurent Grasso, semblent vouloir restaurer la mémoire des choses disparues, des croyances et des représentations qui ont modelés l’histoire de l’homme pour mieux interroger notre degré de présence au monde actuel, où la science et la technologie, machines de raison, semblent faire si peu cas du mystère et de l’obscurité. » (Clara Guislain)


