L’ADIEU
Installation et vidéo
Du 16 Juillet 2021 au 19 Septembre 2021
VERNISSAGE VENDREDI 16 JUILLET A PARTIR DE 18 HEURES
L’exposition l’ADIEU est une production d’Images/Ventenac
Commissariat : François Moulignat
Images/Ventenac est partenaire d’Horizons d’eaux # 5 avec les frac OM et OT
Images /Ventenac reçoit le soutien de La Région Occitanie, du Département de l’Aude, du Grand Narbonne, de la commune de Ventenac en Minervois.
Œuvres présentées :
- L’Adieu (der Abschied), 2001, une vidéo de Yves CARO
- Eblouissantes, 2005, une installation de Lilian BOURGEAT

L’Adieu (der Abscheid), Yves Caro, 2001
Il s’agit d’un montage muet de séquences de comédies musicales américaines,
des années 30 aux années 50. Sur ces séquences successives se déploie en continu la voix émouvante de Kathleen Ferrier qui chante « Der Abschied », la dernière partie du Chant de la terre, de Gustave Mahler.
Elle chante un poème chinois de Meng Haoran et Wang Wei (époque Tang ,8 ème siècle) traduit en allemand par Hans Bethge.
C’est un bouleversant poème où la description de la nature au crépuscule précède un rituel d’adieu entre deux amis qui ne se reverront plus :
O mon ami,
Dans ce monde le bonheur ne m’a point souri! Où vais-je? Je vais errer dans les montagnes. Je cherche le repos pour mon coeur solitaire. Je chemine vers mon pays, vers ma demeure. Je ne m’aventurerai jamais au loin.
Calme est mon coeur, il aspire à son heure! La terre bien aimée en tout lieu refleurit au printemps et verdoie de nouveau.
Partout et pour toujours
les horizons bleuissent! Eternellement…éternellement…
Gustav Mahler a adapté et mis en musique les poèmes du Chant de la terre en 1907. Sa musique, symphonique, d’une grande force lyrique et nostalgique, emporte l’auditeur jusqu’à l’au-delà final d’un « ewig » (« éternellement ») répété sept fois au son du célesta.
C’est donc enveloppés dans cette musique que les couples mythiques
Ginger Rogers / Fred Astaire ou Cyd Charisse / Gene Kelly dansent avec une suprême élégance.
Et on est séduit par l’adhérence surprenante des mouvements des danseurs, des décors et de la caméra au continuum musical.
Mais cela ne dure pas, arrivent des séquences où des corps-toupies crèvent des écrans, filent parmi les membres amputés d’un orchestre fantôme, mettent le feu aux canons. La mort rôde, surréaliste, extravagante.
Les corps, les « black faces », détachés de la musique, deviennent d’étranges pantins au sourire forcé.
La contradiction laissera la place à l’étrange harmonie de la dernière scène,
quand le gigantesque décor kitch pivotera lentement sur lui-même jusqu’à l' »ewig » (« éternellement »)final.
Ainsi, deux flux puissants, le musical et le cinématographique, s’éloignent et se rapprochent. L’un puise son inspiration dans la poésie du 8ème siècle, l’autre tresse les images du milieu du 20ème siècle. Tous deux creusent la beauté à la recherche
d’une vérité de l’être.
F. M.
+ Une sélection de vidéos :
— BRUITS DE BOUCHES ENTRE 2 « VEXATIONS » 7′ 19 – 2019 — VENIR / TENIR / PARTIR (CK version longue) 4′ 52 – 2016 — MOURIR 5′ 11 – 2017
— DE QUELQUES LOPINS 5′ 08 – 2018
— EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS 4′ 50 – 2020
Yves Caro, originaire de Montpellier, est enseignant à l’Ecole des Beaux Arts de Toulouse. Depuis plusieurs années sa pratique s’est orienté vers le montage et le détournement de séquences cinématographiques, de textes et de sons en vue de démasquer la tragi-comédie de l’humaine condition.
L’Adieu (Der Abscheid) by Yves Caro, 2001
It is a silent editing of American movie musicals sequences, from the 30s to the 50s.
The moving voice of Kathleen Ferrier spreads continuously over these successive sequences, as she sings « Der Abschied », the last part of Gustave Mahler’s Song of the Earth.
She sings a Chinese poem by Meng Haoran and Wang Wei (Tang period, 8th Century) translated into German by Hans Bethge.
It is a deeply moving poem where the description of nature at dusk precedes a farewell ritual between two friends who will not see each other again:
O my friend,
In this world happiness has not smiled at me!
Where am I going? I’m going to wander in the mountains. I seek rest for my lonely heart.
I am walking along to my country, to my home.
I will never venture far off.
Calm is my heart, striving for its time!
The beloved land in every place blooms again
in the spring and grows green once again.
Everywhere and forever, skylines turn blue!
Eternally… Eternally…
Gustav Mahler adapted and put to music the poems of Song of the Earth in 1907.
His music, symphonic, of great lyrical and nostalgic strength, brings the listener
to the final hereafter of an « Ewig » (« Eternally »), repeated seven times to the sound of the celesta.
It is therefore enveloped by this music that the mythical couples
Ginger Rogers / Fred Astaire or Cyd Charisse / Gene Kelly dance with supreme elegance.
And we become seduced by the surprising adhesion of the dancers, sets and camera movements to the musical continuum. But it does not last, there are sequences where spinning bodies pop screens, slip away among the amputated members of a phantom orchestra, set the guns on fire. Death prowls, surrealistic, extravagant. The bodies, detached from music, become strange puppets with forced smiles. The contrast will give way to the last sequence’s strange harmony, when the gigantic and kitch set slowly rotates on itself until the final « Ewig ».
Thus, two powerful streams, the musical and the cinematographic, move away and toward each other. One draws its inspiration from 8th Century poetry, the other weaves mid-20th Century images.
Both are digging up beauty, searching a truth of being.


Eblouissantes, Lilian Bourgeat, 2005
6 ampoules géantes (50 x 85 cm), verre, aluminium, tubes stroboscopiques.
Collection Frac Occitanie Montpellier.
Dans le vaste espace sombre, scandé d’arches de pierre, de l’ancien chai, les 6 grosses ampoules disséminées sur le sol émettent des éclairs stroboscopiques
colorés et silencieux. On avance, désorienté par ces stimuli visuels qui excèdent nos capacités de perception, partagés entre émerveillement et sentiment de vulnérabilité.
Lilian Bourgeat crée des répliques surdimensionnées d’objets du quotidien (le banc géant du jardin de l’Archevêché à Narbonne). Ici, non seulement les ampoules deviennent de gros fruits de verre moulé mais les flashs qu’elles émettent nous prennent au piège de leur démesure.
Né en 1970, Lilian Bourgeat vit et travaille à Dijon. Il enseigne à l’Ecole des Beaux Arts de Chalon sur Saone, expose et produit de nombreuses oeuvres pour l’espace public.
Eblouissantes (Dazzling) by Lilian Bourgeat, 2005
6 giant bulbs (50 x 85 cm), glass, aluminum, strobe tube.
Collection Frac Occitanie, Montpellier.
In the extensive dark space, punctuated by stone arches, of the old cellar, the 6 large bulbs scattered on the ground emit colorful and silent strobe flashes. We move forward, disoriented by these visual stimuli that exceed our perception ability, split between
amazement and feelings of vulnerability.
disoriented by these visual stimuli that exceed our perception ability, split between
amazement and feelings of vulnerability.
Lilian Bourgeat creates oversized replicas of everyday objects (the giant bench of Narbonne’s Archdiocese garden). Here, not only do the bulbs become large molded glass fruits but the flashes they emit ensnare us in their excessiveness.
