La peau – 2020

Une exposition de cinéma et de vidéo

DU 17 Juillet au 16 Septembre 2020

L’exposition LA PEAU est une production d’Images/Ventenac
Commissariat : François Moulignat


Barbed Hula de Sigalit LANDAU
The kiss of Narcisse de Michèle MAGEMA
Good boy, bad boy de Bruce NAUMAN
What a pity you’re an architect, monsieur. You’d make a sensational partner (d’après Joséphine Baker) de Lili REYNAUD DEWAR
Un extrait de Babes on Broadway de Busby BERKELEY

La peau a, entre autres fonctions, celle d’affirmer la particularité de chaque être humain. Son grain, sa couleur, sa texture , son odeur servirent à définir une hiérarchie des individus fondée, dans le monde occidental, sur l’histoire esclavagiste et coloniale : un racisme. Alors « Le noir est enfermé dans sa noirceur et le blanc dans sa blancheur » et il faudra trouver les moyens de sortir de « cette prison identitaire » (Franz Fanon, « Peau noire, masque blanc« ).

The skin has, among other functions, that of stating the particularity of each human being. Its grain, color, texture, smell, were used to define a hierarchy of individuals based, in the Western world, on slave and colonial history: racism. Then « the black man is locked in his blackness and the white man in his whiteness » and we will have to find ways to get out of this « identity imprisonment ».
(Franz Fanon,
Black skin, white mask).

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CONFÉRENCES

Vendredi 21 aout à 18h : Une histoire des relations entre européens et africains
Mardi 25 aout à 18h : Les représentations réciproques des noirs et des blancs dans les arts, par Claire Grébille, historienne, conférencière nationale.

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Busby Berkeley, Babes on Broadway, 1941.
Extrait de film, N/B, sonore, 2’34 », en boucle.

Dans Babes on Broadway, film musical de Busby Berkeley (1941) avec Mickey Rooney et Judy Garland, les « black faces », grotesques maquillages de blancs en noir, amusent les spectateurs (blancs). Ils interprètent une chanson américaine très populaire : Waiting for the Robert E. Lee. Le Robert Lee étant un bateau à aubes sur le Mississippi portant le nom du célèbre général sudiste défenseur de l’esclavage. Le 12 Aout 2017, à Charlottesville (Virginie), un militant suprémaciste blanc a tué une femme lors des manifestations pour et contre le démontage d’une statue du général Lee dans un parc de la ville.

In Babes on Broadway, Busby Berkeley’s musical film (1941) starring Mickey Rooney and Judy Garland, the grotesque blackface make-up worn by actors amuses the (white) audience. They perform a very popular American song: Waiting for the Robert E. Lee. The Robert Lee being a paddle steamer on the Mississippi bearing the name of the famous Confederate General , defender of slavery. On August 12, 2017, in Charlottesville, Virginia, a white supremacist activist killed a woman during protests for and against the pulling down of General Lee’s statue in a city park.

Michèle Magema, The kiss of Narcisse, 2010, prêt de l’artiste.
vidéo N/B, sonore, 2′ 28″, en boucle.

« L’ambiguïté du double, jouie du face à face.
C’est la tentation de Narcisse, s’aimer à en mourir.
L’égoïsme comme une illusion. Se satisfaire de son Moi
et vivre une solitude à deux, sans suite d’amour.
Tragique. Sans Echo, il n’y a pas de rencontre.
Egoïsme d’amour dans sa propre illusion, aucun autre, juste un reflet. »

Michèle Magema, artiste née à Kinshasa (RDC), se filme dans The kiss of Narcisse vêtue d’une robe blanche, le visage partiellement peint en blanc, embrassant le moulage de plâtre blanc de son propre visage. Un moment poétique et mystérieux qui abolit la fatalité de la ségrégation par la couleur.

In The kiss of Narcissus, Michèle Magema, an artist born in Kinshasa (DRC), films herself in a white dress, her face partially painted white, kissing the white plaster cast of her own face. A poetic and mysterious moment that abolishes the fatality of
segregation by color.

Bruce Nauman, Good boy, bad boy, 1985, 2 vidéos couleur, sonore,
60′ et 52′, en boucle, prêt du Frac Grand Large, Hauts de France.

Dans Good Boy, Bad Boy , Bruce Nauman fait répéter une centaine de phrases à deux acteurs présentés côte à côte sur deux moniteurs. L’un est un homme noir à la chemise blanche, l’autre une femme blanche vêtue d’une robe verte. Le jeu de l’homme noir juxtaposé à celui de la femme blanche fait écho à des questions de différences de sexes et de races. L’exercice formel (les mêmes phrases sont répétées sur des tons différents et changent alors de sens) se double d’une réflexion sur les questions identitaires.

In Good Boy, Bad Boy, Bruce Nauman gets two actors repeat a hundred sentences. The actors’ images are displayed side by side on two monitors. One is a black man in a white shirt, the other a white woman in a green dress. The acting of the black man juxtaposed with that of the white woman echoes sex and race differences. The formal exercise (the same sentences are repeated in different tones, then changing their meaning) is coupled with a reflection on identity issues.

Sigalit Landau, Barbed Hula, 2001, vidéo couleur, sonore,
1′ 52″,en boucle, prêt du Frac Lorraine.

Dans Barbed Hula Sigalit Landau pratique nue du hula hoop avec un cerceau en fil de fer barbelé sur une plage israélienne. Cette image forte renvoie à l’idée de frontière, de limite (les barbelés) : la violence dégradante de la démarcation culturelle et raciale laisse des marques à vif sur la peau de l’artiste :
« Le danger né de l’histoire pénètre la vie et le corps… Cet acte personnel et « politico-sensuel » évoque les frontières invisibles, sous la peau, qui enferment le corps efficacement et sans fin. »

In Barbed Hula, Sigalit Laudau is hula hooping, naked, with a barbed wire hoop on an Israeli beach. This strong image refers to the idea of borders, boundaries (barbed wire): the degrading violence of cultural and racial segregation leaves scars on the artist’s skin.

Lili Reynaud Dewar, What a Pity You’re an Architect, Monsieur.
You’d Make a Sensational Partner (after Josephine Baker) ,
2011,
vidéo, N/B, muet, 3′ 50″, en boucle, prêt du Frac des Pays de Loire.

Lili Reynaud Dewar recouvre entièrement son corps nu de peinture noire et danse au milieu de ses sculptures en hommage à Josephine Baker : elle évoque sa rencontre, sur un transatlantique, avec Le Corbusier qui s’était déguisé pour la séduire en danseur de Revue Nègre. Elle convoque à son tour l’histoire des « black faces », de l’icône noire de la lutte contre la ségrégation raciale et une réflexion sur la présence exclusive des blancs dans les espaces prestigieux de la culture.

Lili Reynaud Dewar’s naked body is completely covered with black paint as she dances right in the middle of her sculptures in tribute to Josephine Baker: she evokes her encounter, on a transatlantic liner, with Le Corbusier who had disguised himself, to seduce her, as a minstrel dancer. She in turn calls the blackfaces history, the black icon of the struggle against segregation, and reflections on the nearly
exclusive presence of whites in prestigious cultural spaces.

ET, EN INTRODUCTION :

1 /3 – Une installation de Kadia DABO et Kévin CABARET, de Saint Chinian : Free Bébé Diago

« Quand nous étions au Mali, nous buvions exclusivement de l’eau DIAGO ®, une eau minérale en bouteille plastique digeste pour les touristes. Cette bouteille était notre partenaire au quotidien.

C’est sur l’étiquette que nous apprenons que Diago est un village au Mali d’où provient cette eau et que la marque DIAGO ® est aussi une filiale d’une marque d’eau française bien connue.

Figure aussi sur l’étiquette, un peu à l’écart, parmi les couleurs bleues et roses chères à la communication de la marque et ici déclinées pour le marché africain, un bébé qui nous regarde, dont l’esthétique et l’identité nous interpellent et nous questionnent.

Un bébé ouest-africain d’un blanc éclatant cerné de bleu, qui, tranquillement assis, cristallise en son image les forces à l’œuvre à l’échelle de la mondialisation. »

Kadia Dabo et Kévin Cabaret

2 /3 – Trois photos (2004) de Samuel FOSSO, artiste Camerounais / Nigérian.

« J’utilise mon corps pour divertir, pour dire que chacun peut faire ce qu’il veut.
Le monde n’a pas été construit pour un seul modèle. Mon grand-père aurait souhaité que je devienne guérisseur, comme lui, mais quand il est mort, en 1971, j’étais trop jeune pour reprendre le flambeau. Avec la photographie, je communique mes pensées.
» Samuel Fosso

3 /3 – Six photos de Marc PATAUT de la série Apartheid, 1986.

En 1986, Marc Pataut réalise une série de photographies de son corps enduit de maquillage noir qu’il intitule Apartheid.  » Avec cette série de onze photographies de mon ventre, j’ai compris que je pouvais traduire la souffrance d’un autre corps et produire dans mon corps la violence faite aux noirs en Afrique du Sud. «