Une exposition de vidéos / installations
Commissariat : Rahmouna BOUTAYEB et François MOULIGNAT

Photo : c.Pauline Rosen-Cros
Avec des oeuvres de : Ismaïl BAHRI, Michel FRANCOIS, Sylvain FRAYSSE, François MOULIGNAT et Sarah VIALLE.

L’exposition La nuit des temps s’est construite à partir de la proposition de Sylvain Fraysse : une double interrogation sur l’apparition des images pariétales dans les grottes préhistoriques, considérées comme la matrice de l’art, et sur l’impossibilité d’y accéder pour des raisons de conservation, entrainant la fabrication de fac similés dépourvus de l’ »aura » des originaux.
Georges Bataille, dans Lascaux ou la naissance de l’art (1955) s’émerveille devant les peintures sur les commencements de l’humanité : « Un sentiment de danse de l’esprit nous soulève devant ces oeuvres où, sans routine, la beauté émane de mouvements fiévreux : ce qui s’impose à nous devant elles, c’est la libre communion de l’être et du monde qui l’entoure »…
Cependant que reste-t-il de cette magie quand les visiteurs pénètrent dans les fac-similés des grottes de Lascaux ou Chauvet? S. Fraysse cite Walter Benjamin : « A la reproduction même la plus perfectionnée d’une oeuvre d’art, un facteur fait toujours défaut : son hic et nunc, son existence unique au lieu où elle se trouve…Ce qui, dans l’oeuvre d’art, à l’époque de la reproduction mécanisée, dépérit, c’est son aura… Sortir de son halo l’objet en détruisant son aura, c’est la marque d’une perception (…) qui parvient à standardiser l’unique. » ( L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1935)
Cette exposition pose donc la question de l’apparition/disparition des images, et de la force suggestive de leur présence.
__________________________________________________________________
Dans le cadre de l’exposition LA NUIT DES TEMPS, conférence de Florence Bouvry :
L’instant artistique du fac similé
L’AURA A L’EPREUVE DE L’ERE NUMERIQUE
Vendredi 3 Octobre à 18 heures, entrée libre, collation.
Florence Bouvry est plasticienne, docteur en Préhistoire-Ethnologie-Anthropologie.
A propos du fac-similé de la grotte Chauvet, elle s’interroge sur l’éventuelle valeur
patrimoniale d’une copie et sur le statut de l’aura d’une oeuvre numérique.
__________________________________________________________________
The exhibition In the Mist of Time was built on Sylvain Fraysse’s proposal: a double interrogation on the appearance of parietal images in prehistoric caves, considered as the matrix of art, and on the impossibility of accessing them for conservation reasons, leading to the building of facsimiles devoid of the « aura » of the originals.
Georges Bataille, in Lascaux or the Birth of Art (1955), marvels in front of the paintings, at the beginnings of humanity: « A feeling of a dance of the mind lifts us up in front of these works where, without routine, beauty emanates from feverish movements: what is imposed on us in front of them is the free communion of the man with the world around him »…
However, what remains of this magic when visitors enter the facsimiles of the Lascaux or Chauvet caves? S. Fraysse quotes Walter Benjamin: « In even the most sophisticated reproduction of a work of art, one factor is always missing: its hic et nunc, its unique existence in the place where it is found… What is withering away in a work of art, in the age of mechanized reproduction, is its aura… Removing the object from its halo by destroying its aura is the sign of a perception (…) that succeeds in standardizing the unique. » (The Work of Art in the Age of Technical Reproducibility, 1935)
This exhibition therefore raises the question of the appearance/disappearance of images, and the suggestive power of their presence.
Images/Ventenac, 5 route de Saint Nazaire, 11120, Ventenac en Minervois
Exposition du 26 Juillet au 19 Octobre, du Jeudi au Dimanche, de 15 à 19H.
ENTREE LIBRE
Avec le soutien financier de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie, de la Région Occitanie Pyrénées – Méditerranée, du Département de l’Aude, de la Communauté d’Agglomération Grand Narbonne, de la commune de Ventenac-en- Minervois et de l’association La Pépinière à Ventenac





I
Sylvain FRAYSSE
Né en 1981 à Olemps (France). Vit et travaille à Sète (France).
Que ce soit à travers le dessin, l’installation ou la gravure, le travail de Sylvain Fraysse est traversé par une réflexion autour de la notion du temps : le temps dans la durée, expérimenté dans le travail répétitif, minutieux, presque fastidieux, de la gravure, et le temps immédiat, frénétique, de l’image médiatique, d’où il puise son inspiration (archives, internet, presse, cinéma et réseaux sociaux).

Dibutade ébaudit, 2023
Installation vidéo, dimensions variables ©Adagp, Paris, 2025
Deux vidéos liées par un même geste synchrone se font face. Un même mouvement de camera latéral à 360 degrés de droite à gauche donnant à voir le hors champs de deux œuvres à la fois distinctes et identiques inscrites en deux lieux. D’un côté, le paysage qui entoure le passage originel par lequel, attirés par un souffle, les inventeurs de la grotte Chauvet sont passés le 18 décembre 1984. De l’autre les coulisses de la structure entourant la réplique de cette même grotte.
Two videos linked by a single synchronous gesture face each other. A single 360-degree lateral camera movement from right to left reveals the off-screen of two works, both distinct and identical, inscribed in two places. On one side, the landscape surrounding the original passage through which, attracted to a breath of air, the discoverers of the Chauvet Cave passed on December 18, 1984. On the other, the backstage of the structure surrounding the replica of this same cave.
D’autre part, Sylvain Fraysse tire parti de la hauteur sous plafond caractéristique du lieu, afin de suspendre un rhombe et sa cordelette, instrument ancestral utilisé dans les cérémonies rituelles qui devient ici statique et prend une dimension sculpturale, flottant au sein de l’environnent créé par les vidéos. Jouant de la pénombre et de la lumière, son double apparait à travers son ombre projeté au mur.

Photo : c. Pauline Rosen-Cros
Un son vrombissant, enregistrement issu du tournoiement d’un rhombe, est diffusé dans l’espace et fait écho au geste circulaire présent dans les vidéos.

Photo : c. Pauline Rosen-Cros
La Nuit des Temps, titre du film de Roger Verdier, premier film réalisé, en 1942, sur la grotte de Lascaux. Egalement titre de l’exposition à Images/Ventenac gravé sur une plaque de pléxiglas et projeté sur le mur.
II
Ismaïl BAHRI
Né en 1978 à Tunis (Tunisie). Vit et travaille à Paris (France).

Revers, 2017
Série de 3 vidéos HD 16/9, son stéréo, durées variables. Collection FRAC Occitanie Montpellier ©Adagp, Paris, 2025
Revers montre une manipulation intuitive, faite à l’aveugle dans l’atelier, pour devenir, à force de répétitions, lancinante : une image imprimée, froissée et défroissée, disparait progressivement. Ici, on entre dans le temps d’un rituel, d’un geste longuement répété, sonore et fascinant, qui transforme la feuille de papier pleine de couleur en une sorte de peau vide et blanche : on assiste à la mort de l’image.
Revers shows us an intuitive manipulation, carried out blindly in the studio, which, through repetition, becomes haunting: a printed image, crumpled and smoothed, gradually disappears. Here, we enter the time of a ritual, a long-repeated, high-sounding and fascinating gesture that transforms the colored sheet of paper into a sort of empty, white skin: we witness the death of the image.
III
Michel FRANCOIS
Né en 1956 à Saint-Trond (Belgique). Vit et travaille à Bruxelles (Belgique).

Déjà-vu (Hallu), 2002
Vidéo couleur, 13 min 30. Collection Centre national des arts plastiques ©Adagp, Paris, 2025
Dans Déjà-vu (Hallu), deux mains plient des origamis qui, par la technique de l’écran divisé, se dédoublent en parfaite symétrie; La combinaison du dynamisme humain, des effets d’animation et des algorithmes produit un jeu d’illusion facétieux, pur moment de magie.
In Déjà-vu (Hallu), two hands fold origami which, using the split-screen technique, split in two in perfect symmetry; the combination of human dynamism, animation effects, and algorithms produces a playful illusion, a pure moment of magic.
IV
Sarah VIALLE
Née en 1986 à Aubenas (France). Vit et travaille à Sète (France).

Carry Me Carry Me Away, 2015
Transfert de captures d’écran de films sur pierres calcaires, dimensions variables
Il s’agit d’une installation composée de pierres calcaires extraites d’une carrière de Lozère sur lesquelles ont été transférées des images. Obtenues par capture d’écran lors de visionnage, ces images, issues de films, renvoient à un arrêt sur image, à une scène, à un film et à une empreinte laissée. Le choix des pierres calcaires, réceptacles de ces mains, témoigne d’un temps écoulé, celui des strates sédimentaires, celui qui reçoit l’encre comme peut la recevoir la pierre de lithographie : garder en mémoire, témoigner, inscrire une histoire, sont les liens que concentrent la pierre et l’acte ancestrale d’y poser sa main.

Photo : c. Pauline Rosen-Cros
It is an installation composed of limestone blocks extracted from a quarry in Lozère onto which images have been transferred. Obtained by screen capture during viewing, these images, taken from films, refer to a freeze-frame, a scene, a film, a handprint left behind. The choice of limestone blocks, repositories of these hands, testifies to the time which has past, that of sedimentary strata, receiving ink like a lithographic stone: keeping in memory, bearing witness, writing a history, is the link between the blocks and the ancestral act of placing one’s hand on them.

Photo : c. Pauline Rosen-Cros
Bits and pieces (détail)
Deux vitrines d’assemblages de photos, objets et éléments naturels en référence à la généalogie de l’exposition La nuit des temps : souvenir d’une résidence en Italie sur les traces du film de Michelangelo Antonioni L’Avventura et de la résidence à Ventenac en Minervois.
V
François MOULIGNAT
Né en 1948 à Chamalières (France). Vit et travaille à Paris (France).
Sans titre, 1993
Peinture à l’huile sur toile incluse dans un caisson de placoplâtre enduit. 90x180x15 cm

Photo : c. Pauline Rosen-Cros
« Une petite pièce de peinture à l’huile est incluse dans un caisson de plâtre: ce dispositif matérialise l’espace environnant la peinture, il la met en majesté tout en la figeant.
Lorsque la peinture est finie elle n’est pas finie parce qu’elle ne cesse de s’user au regard de ce qui la regarde, de produire l’expérience d’exposition.P
Les peintures ont la force des choses : manipulables, déplaçables, elles sont l’enjeu de systèmes symboliques de circulation, elles ritualisent les rapports entre les individus. » F. M.
A small piece of oil painting is enclosed in a plaster box: this device materializes the space surrounding the painting, enhancing its majesty while simultaneously freezing it.
When the painting is finished, it is not yet finished because it continues to wear down in the eyes of those who view it, to produce the exhibition experience.
Paintings have the power of things: handleable, movable, they are the subject of symbolic systems of circulation, they ritualize relationships between individuals. »

Photo : c. Pauline Rosen-Cros
