1 – A PROPOS DE L’EXPOSITION « LOIN » (été 2010)

# Un texte d’ Annick Bouleau :

« C’est le lieu qui m’a inspiré le dispositif de champcontrechamp.
Voici ce que je peux en dire, en attendant de voir ce que ça donnera in situ :
Si elles n’ont pas été envisagées pour le dispositif historique de l’exploitation cinématographique (la « salle de cinéma »), les deux oeuvres ici présentées sont pourtant des « films » (support vidéo, son direct), dont la forme possède un début, une fin, définitivement fixés, et dont le montage contribue à élaborer un récit, même s’il n’y a pas d’histoire.
« Voir ce que tu ne verras jamais »et L’instant fatal appellent un spectateur qui se pose, prêt à accueillir ces récits dans la durée d’une séance. Et pourtant, l’espace de Ventenac a suscité une troisième oeuvre relevant, celle-la, de l’installation : champcontrechamp.
champ
contre champ demande au spectateur de déambuler entre les espaces/temps des deux films. Oeuvre virtuelle, pour ainsi dire où, à distance – dans l’espace (Ventenac) et dans le temps (1985-2003), les deux films s’interrogent. (Mars 2010)

Une opération chirurgicale

S’il existe une famille où chaque plan est un VOICI!…
– « Me voici… », dit le plan,
– « Le voici… », dit le cinéaste au spectateur,
…alors, ça ne me déplaît pas de faire partie de cette famille -là…VOICI : Un appel, une adresse, une insistance à exister ou à faire exister le plan, les plans qui auront à

jouer des coudesdans la structure du montage. Comment faire respecter la singularité tout en participant au collectif?

Mon histoire personnelle a fait que je suis entrée de plein pied avec ce genre de questionnement (merci à JLG, à Rossellini, à Straub-huillet, à Griffith, à Lumière frères).
S’il y avait des codes, des règles à respecter (respect envers la « nature » enregistrée, respect envers le spectateur) au cinéma, j’ai tout de suite été sûre que cela ne relevait pas obligatoirement de l’illusion, de la feinte (le cinéma comme si c’était la « réalité »). Pour moi, le cinéma n’a jamais relevé d’une usine à rêves : j’ai même écrit ( L’instant fatal ), que je faisais des films pour avoir les pieds sur terre. c’est toujours vrai (cela ne relève pas d’ une vérité du cinéma qu’il y aurait à affirmer mais, en tout cas, cela fait apparaître ma vérité).

Je me suis malgré tout souvent inquiétée de cette répulsion pour des figures classiques comme le « raccord(!) subjectif », le « raccord (!) de regard » et …le « champ, contre-champ »… Cela me rassurait (on a toujours besoin d’être rassuré sur soi-même!) lorsque je lisais que certains cinéastes partageaient cette répulsion.
Dans le long métrage réalisé en 1986, Entre les deux, mon corps balance, j’ai cherché des moyens techniques (au tournage ou au montage) pour faire avancer un récit sans renoncer à avoir « les pieds sur terre » et sans être obligée de faire comme si.

Je ne me souviens plus comment m’est venu d’inventer ce néologisme « champcontrechamp », en-un-seul-mot, pour désigner l’installation présentée à ventenac. Il est composé des mêmes termes que l’expression qui désigne la figure cinématographique que je fuis… Mais en les collant les uns aux autres, c’est le dualisme du « champ, contre-champ », qui saute (disparaît-il pour de bon?) pour faire exister une sorte de triade d’inséparables, de noeud borroméen. Le contre est là tout autant que les deux champ.
champcontrechamp n’est pas la somme (résultant d’une addition) de deux films.Après pas mal d’années où, pour pallier l’absence de moyens – et pour continuer à satisfaire mon besoinde faire des images – je me suis mise à composer des films en longs plans-séquences ou en tourné-monté, il me semble que champcontrechamp reprend mon questionnement sur le montage.
Cette fois-ci, ce n’est pas à l’intérieur d’un film que cela se passe, mais hors de lui.
Il me semble, dans une sorte d’opération chirurgicale, avoir extrait la chair dont s’est nourrie la figure codifiée du « champ, contre-champ », c’est-à-dire la question de la rencontre (donc une question phénoménologique), et l’offrir au regard de qui va pénétrer dans la lumière sombre de Ventenac. » (Juin 2010)

Pour aller sur le site créé par Annick Bouleau :

http://ouvrir.le.cinema.free.fr



# Reportage photographique et interviews de Marie Alberto Jeanjacques, Annick Bouleau et Guy Aguiraud sur le site :

Documentary-art